ITW Quentin DEROM: Études+BMX, il a tout compris !

19/02/2019  Par Fabmx1 
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On entend très souvent… « Le BMX ou les études, faut faire un choix ! ». Le pilote Elite Quentin DEROM, récent second de l’Indoor d’Avignon, a quant à lui fait un choix, le choix d’allier hautes études et BMX à haut niveau. C’est l’exemple même de la réussite que ce soit dans le BMX et les études. Interview ultra-intéressante d’un garçon bien dans sa tête et dans son corps qui incarne à lui seul, tout un tas d’exemples concrets sur comment réussir ses études et devenir un sportif de haut niveau à BMX. De quoi inspirer des parents ou des jeunes qui hésitent entre BMX et études…

(Photos Fabien Rolland)

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-Hello Quentin, peux-tu nous rappeler ton palmarès ?
Hello, merci pour cette interview ! En 2018 j’ai terminé 3e au classement général de la coupe de France, plusieurs quarts de finale en coupe du monde ce qui m’amène à la 36e place du classement coupe du monde sans avoir roulé à Santiago Del Estero (étape 4/4 de la coupe du monde)
Les années précédentes j’ai régulièrement effectué des finales en coupe de France, finissant souvent aux alentours de la 10e place du classement générale.
J’ai surtout gagné 2 fois la nocturne d’Halloween de Compiègne Clairoix ! haha

-Quel est ton cursus scolaire ?
J’ai obtenu mon bac S option mathématiques en 2011. Je me suis ensuite dirigé vers un DUT Génie Mécanique et Production à Lyon (GMP) que j’ai réalisé en 2 ans sans aménagement. J’ai terminé par 4 années avec aménagement (habituellement 3 ans) à l’INSA de Lyon dans le département Génie Mécanique et Développement (GMD) ce qui m’a permis d’obtenir mon diplôme d’ingénieur spécialité Génie Mécanique en Juin 2017.

 Combien de poneys peut faire un pilote de 80kg avant de casser sa fourche ?

-Tu travailles où et quelles sont tes fonctions ?
Je travaille depuis Août 2017 chez Akwel Automotive (anciennement MGI Coutier), fournisseur de rang 1 dans l’automobile. Nous sommes spécialisés dans le transport de carburant (tubulures, réservoirs …)
J’y exerce le métier d’ingénieur calculs à plein temps. De nos jours il existe des modèles mathématiques permettant de décrire le comportement mécanique des pièces dans le temps. Ces modèles mathématiques sont stockés dans un logiciel. Mon but est d’utiliser, manipuler ces modèles pour obtenir un résultat juste en fonction du problème posé.
Un exemple vulgarisé du type de simulation que j’effectue serait : combien de poneys peut faire un pilote de 80kg avant de casser sa fourche ? Est-ce qu’elle va casser franchement ou se plier ? Est-ce qu’une fourche carbone peut accepter plus de poneys ? …
Voici un type de problématique que j’étudie, sur des composants automobiles.

-Tu es l’exemple concret qu’allier études et BMX à haut niveau c’est possible, quels sont tes conseils pour y arriver ?
Je pense qu’il est impossible de nos jours, pour un junior de 17-18 ans, de savoir s’il va avoir une grande carrière sportive dans le BMX (encore moins de savoir s’il va en vivre). Il y a tellement de paramètres importants que l’arrivée d’un junior en élite peut bien se passer comme ça peut devenir très compliqué.
Le meilleur conseil que je puisse donner est d’avoir, dès le plus jeune âge, un autre centre d’intérêt aussi important que le BMX. Dans mon cas, ce fut les études puis maintenant mon métier d’ingénieur.
Aujourd’hui je dis souvent que mon métier me fait oublier le BMX et que le BMX me fait oublier mon métier. Je suis constamment en train de décompresser. Je souhaite à tout le monde de trouver un tel équilibre.

-Ce n’est pas trop dur d’avoir à réviser des cours et de devoir s’entraîner ?
Ce serait mentir que de dire qu’il n’y a pas de moments difficiles où la charge de travail explose en plein mois de mai pendant les courses importantes de BMX. C’est à ce moment que l’entourage est important. Que ce soit à la maison, mes parents ont toujours été disponibles pour m’aider et m’accompagner dans ces moments mais aussi du côté de ma DN Compiègne Clairoix qui a toujours été à l’écoute et très arrangeante. Idem avec mon ancien coach PH, qui comprenait la nécessité d’adapter mon programme rapidement après des imprévus scolaires.

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- Il n’y a pas un moment où on a envie de tout arrêter ou alors de se consacrer au BMX ou aux études ?
J’ai eu des moments où je négligeais mes études pour m’investir encore plus dans le BMX (et inversement). Même des moments où je négligeais les deux ! Seulement au bout de quelque temps je me rendais compte que ce n’était pas ce que je voulais. Je pense que c’est une question d’identité. Je n’imaginais pas ma vie sans BMX et je n’imaginais pas ma vie sans une carrière professionnelle. Quand j’ai accepté ça, j’ai tout fait pour mener les deux de front ! Toujours avec le soutien de mes proches.
De plus, je rajouterai que ce sont deux domaines qui se rapprochent fortement. Aujourd’hui je ne sais dire si c’est le BMX ou mes études/mon métier qui m’ont appris à gérer le stress, fixer des objectifs, étudier le meilleur moyen pour les atteindre, gérer les réussites tout comme analyser les échecs.

-Tu conseilles d’intégrer des sports études ou alors de faire une scolarité normale ?
Je pense que le plus important est d’avoir un staff scolaire qui comprend et accompagne l’étudiant dans son double projet. C’est sûr qu’avoir un aménagement facilite les entraînements et la procédure d’absence pour compétition sportive (ou semaine de stage) mais si le staff n’aide pas l’étudiant pour récupérer les cours après les compétitions par exemple, l’aménagement perd de son intérêt !

Je pense que le rôle des parents est de ramener intelligemment le jeune pilote à la réalité

-Tu as un conseil à donner aux parents qui veulent bien faire en se posant les bonnes questions quant à l’avenir de leur enfant pilote de BMX ?
L’approche des parents est, selon moi, très importante. La grande majorité des jeunes pilotes diront qu’ils veulent faire du BMX à plein temps une fois grands. On ne peut pas leur en vouloir de penser de la sorte, ils ont une vision très réduite de la vie. La « seule chose » qui les préoccupe est probablement les nouveaux moyeux Onyx qu’ils vont avoir à Noël.
Je pense que le rôle des parents est de ramener intelligemment le jeune pilote à la réalité qui est qu’il est très compliqué de bien vivre du BMX aujourd’hui. Et quand bien même, il y a toujours un autre centre d’intérêt qui mérite d’être approfondi.

-Tu viens de finir second de l’Indoor D’Avignon, tu es l’exemple même de la réussite études/BMX, c’est une fierté ?
Oui je suis très fier d’avoir pu mener les études (et maintenant le travail) en parallèle d’une carrière sportive riche en émotion (de mon point de vue). Je me rends compte, depuis peu de temps, que j’ai fait de bons choix étant jeunes. J’ai une reconnaissance infinie envers ma famille qui a su intelligemment m’ouvrir les yeux et me diriger vers la vie que j’ai actuellement.
Je suis très content d’avoir fini 2nd à l’indoor d’Avignon et je profite un maximum de ces moments. D’un autre côté, je dois petit à petit, décorréler ma satisfaction dans le BMX avec le résultat. J’aime ce sport pour les sensations, le « cochage » (ceux qui me connaissent comprendront haha). J’essaye de surfer le plus longtemps possible sur la vague mais mon futur dans le BMX est un futur « chill ». Je refuse de me prendre la tête à cause d’un mauvais résultat et je refuse de banaliser mon niveau et de me dire, par exemple : « avec mon niveau actuel, je dois faire un podium à Avignon ce week-end ».

Si demain le BMX offre le même salaire que les footballeurs, je réduirai sûrement mon temps de travail en semaine mais je ne le quitterai pas…

-Si on te proposait un statut de pilote de haut niveau payé en conséquence, tu lâches ton boulot ?
Lors de mon stage de fin d’étude j’ai rencontré une situation assez paradoxale. Je travaillais beaucoup plus en semaine (stage non aménagé). Je m’entraînais donc beaucoup moins. Je trouvais beaucoup plus de plaisir à sortir mon vélo le soir après le travail. En plus de ça, mon niveau de BMX progressait.
Ma meilleure saison BMX est celle de 2018, elle correspond à ma première année de travail professionnel, ce n’est pas un hasard !
Si demain le BMX offre le même salaire que les footballeurs, je réduirai sûrement mon temps de travail en semaine mais je ne le quitterai pas (ou le ferai évoluer). C’est un équilibre personnel que j’ai trouvé depuis tout petit et il est impossible que je fasse à 100% du BMX dans ma vie.

-Le jour où tu as un enfant et qu’il hésite entre continuer ses études ou se consacrer à fond dans le BMX, tu lui dis quoi ?
Je lui expliquerai que la vie ne se résume pas au BMX. Il y a plein d’autres choses magnifiques à découvrir qui procurent des sensations toutes aussi folles que de sauter des bosses de 15m de long.
Je lui dirais surtout, et j’insiste sur cette phrase qui est, selon moi, la plus importante de mon interview :
Ce n’est pas parce que tu fais des études (ou autre centre d’intérêt) que tu ne vas pas te donner ta chance en BMX.









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