BMX/ prison.INTERVENTION EN MILIEU CARCERAL

07/01/2015  Par Fabmx1 
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 Laurent Vendittelli alias « Spike », est une figure emblématique du BMX français. Cet ancien pilote maintenant entraîneur du BMX Pernois, est un homme aux multiples casquettes (speaker, coach, organisateur, journaliste, etc.). Mais c’ est avant tout un homme passionné, de cœur, et qui porte en lui des vraies valeurs et surtout, un être qui prêche la bonne parole et fait aimer son sport partout ou il va. Pour la première fois, le BMX en France a pénétré le monde carcéral, Laurent a eu la lourde tâche de s’en charger, il l’a fait, il nous raconte cette expérience peu banale, loin des track et du fun que le BMX véhicule. Un article un peu spécial mais très intéressant sur une expérience unique…

INTERVENTION EN MILIEU CARCERAL

« Il y a 20 ans, je prenais la décision de me consacrer entièrement au BMX, mais pas comme pilote, plutôt comme éducateur sportif (ou speaker d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet de ce jour)… Apporter, transmettre, donner, partager des savoirs, des sentiments, des techniques et je ne sais quoi encore fait partie de ce métier, de ma motivation, je dirais même c’est ma ligne de conduite dans la vie.

J’ai alors suivi un certain nombre de formations avec pour objectif principal : l’obtention du Brevet d’État (BEESAC). À travers ces sessions j’ai appris à étendre et élargir mes possibilités et capacités d’actions pour l’encadrement, le développement et la promotion du BMX. Il semble important de rappeler qu’à cette époque (on est en 1996….), on nous explique que le BMX ne se limite plus à des tricks dans un skate-park ou des bosses de dirt ou encore des « races » entre potes sur des pistes au fond d‘un champs ou à proximité d’une déchetterie…

Le BMX doit devenir un sport « pris au sérieux », il a des qualités qui lui sont propres et il est nécessaire d’ouvrir notre esprit vers le monde extérieur, car reconnaissons-le, ce sport reste « fun », « radical » mais finalement assez concentré sur lui-même… On s’en rend compte au fil du temps par différentes expériences… Il va donc falloir « faire comme les autres », c’est-à-dire le Football, le rugby, l’athlétisme, la musculation et/ou les sports de combats qui se développent (aussi) dans des milieux différents et face à des « publics » divers…

Lorsque les emplois « nouveaux services/Nouveaux emplois » (Emplois-Jeunes) sont arrivés, nous avons vécu dans l’idée de « pérenniser » ces emplois (contrat aidé = financé à 75% par l’État). Au-delà des 5 ans, il fallait posséder des sources de revenus différentes des cotisations club (qui ont commencé à augmenter d’ailleurs à ce moment-là de façon importante), des subventions de la municipalité et…. et… rien en fait, à part quelques rentrées d’argent sur les compétitions et quelques dizaines de francs de sponsors ; les sources de revenus étaient alors très limitées (et cela n’a guère changé…).

Les préposés à ces postes, avec l’aide des bénévoles dirigeants ou tuteurs ont étendu leurs champs d’action dans des domaines différents : les centres de loisirs (ce qui a permis de développer le BMX auprès de la masse), les écoles (un peu plus restreints encore à ce jour, mais quelques interventions existent à ce jour), et une action dont j’aimerais vous parler : le milieu carcéral !

À ma connaissance, ces interventions sont peu courantes et peu étendues… Depuis 5 ans maintenant, j’interviens auprès de détenus dans les maisons d’arrêts pour proposer des initiations et activités BMX, et à travers cet article je souhaitais « partager » mon expérience.

LA DÉCOUVERTE D’UNE MAISON d’ARRÊT

Tout d’abord, je tiens à remercier M Dominique Mellet (CTS Provence) qui m’a orienté sur ce type d’intervention, étant à la recherche de nouveautés et diversités dans mon encadrement, j’ai accepté immédiatement. Il a fallu réunir une bonne dose de motivation car je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en allant à la rencontre de ce nouveau public… et avec tous les préjugés « légitimes » ( ?) que nous avons en tête et que nous cultivons.

Il a fallu 3 heures de discussion au téléphone le soir avec ma compagne pour évacuer ces sentiments…

Pour faire très simple, je dirais que ma toute première journée m’a fait prendre conscience que le milieu carcéral c’est d’abord « une ambiance »… On s’en imprègne au fur et à mesure des contrôles, des multiples sas que l’on franchit, les protocoles divers pour la sécurité de tous… Il y a un sentiment d’étouffement la toute première fois, et il a fallu 3 heures de discussion au téléphone le soir avec ma compagne pour évacuer ces sentiments. Le simple fait de croiser le regard d’un « gardien » permet de juger le poids qui se trouve sur les épaules de chacun, les comportements et les « paroles » des détenus démontrent aussi les pressions qui existent entre tous en prison… C’est ainsi et c’est le jeu.

J’ai aussi pris conscience que je ne désirais, mais alors pas le moins du monde finir dans ce type d’endroit… Pour cela il faut rester vigilant et continuer à rester sérieux non ?

 LA RENCONTRE AVEC LE PUBLIC CARCÉRAL

De façon globale, les détenus se sont toujours bien comportés, à quelques exceptions près, mais ce qui représentait une première appréhension a vite été effacé par du sang froid, un discours clair avec les « élèves » et de la simplicité dans les attentes et les actes. Il faut dire aussi qu’on rencontre des personnes qui ont pratiqué le BMX ou connaissent du monde dans le milieu… Oui ça fait bizarre parfois… Je dirais quand même que les « mineurs » sont les plus difficiles à gérer par un comportement présomptueux et des propos « hors du temps »…

 Les questions fusent auprès des personnes avec qui vous intervenez… Puis les faits sont là, ils ont fait ci, ils ont fait ça…

 Autre chose qui vous brûle l’esprit : « qu’ont-ils fait ?Pourquoi sont-ils là ? »… Alors les questions fusent auprès des personnes avec qui vous intervenez… Puis les faits sont là, ils ont fait ci, ils ont fait ça… Ce qui rajoute à ce sentiment d’enfermement, d’oppression des lieux, d’étouffement comme je disais plus haut, une réalité de notre société et de notre vie à laquelle on ne peut pas échapper…

La première mission est de dissocier dans ce cas la mission première d’éducateur sportif aux pensées diverses qui nous hantent comme le dégoût, le jugement, « la réaction à chaud »… Depuis je ne demande plus rien, et je retiendrais (malgré les circonstances) des sourires, des remerciements chaleureux, des personnes intéressées et investies… Et oui, en prison il n’y a pas que des tueurs et des violeurs, il y a aussi des gens qui ont roulé trop vite, d’autres qui ont trop consommé ou qui ont planté leur commerce d’une façon ou d’une autre…

QUELS EXERCICES PROPOSES

Vivant dans le Vaucluse et originaire du BMX Pernois, je n’ai pas eu de soucis à louer les services de GSport, la société créatrice de la désormais célèbre « Modulo Bosses », concept créé par Georges Garcia (également président du comité Vaucluse FFC). En avant avec la voiture, une remorque, la modulo, des casques, du matériel pédagogique et bien sûr des BMX (pas mal de cruisers !).

Installé sur le terrain de football de la maison d’arrêt, il est donc facile de poser l’ensemble du matériel et d’aménager des parcours différents et évolutifs. Chronos, courses « bouchons », apprentissage des sauts et des techniques basiques du « street »… la petite anecdote est de dire qu’ils n’ont pas trop de mal à faire des « wheelings » et « manuals », car ils sont assez friands des quads, motos, vélos, scooters et autres… et n’ont pas de mal à apprendre les techniques qu’on leur aménage !

Les séances durent deux heures avec un groupe le matin et un autre l’après-midi, ce qui permet de faire tourner les volontaires… Souvent, les sourires sont là, l’engagement aussi, et tout le monde repart avec une bonne dose de fatigue, car en restant enfermé dans un lieu restreint la forme physique n’est pas totale par manque d’espace et de pratiques sportives… »

Laurent Vendittelli

(Merci à Fabien Rolland et Fabmx1 pour la diffusion de l’article… L.V )









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